Le journal
Préparer un entretien de vie avec un parent
Préparez un entretien de vingt minutes avec un parent : choisir un souvenir, poser cinq questions, écouter et garder une trace avec son accord.
Dans cet article
Pour préparer un entretien de vie avec un parent, choisissez ensemble un souvenir précis, réservez vingt minutes et notez cinq questions ouvertes. Convenez aussi de ce que vous garderez de cet échange et de qui pourra le découvrir. Une maison, une première journée de travail ou une recette suffisent pour commencer.
Vous n’avez pas besoin d’interviewer toute une vie d’un seul coup. Le premier rendez-vous sert surtout à trouver une façon de raconter qui vous convienne à tous les deux.
Choisir un souvenir plutôt qu’une vie entière
« J’aimerais que tu me racontes ton enfance » peut sembler vaste. Proposez plutôt deux ou trois points de départ : le trajet vers l’école, les repas du dimanche, la maison des premières vacances. Votre parent peut choisir, suggérer autre chose ou remettre la conversation à plus tard.
Prévoyez un moment où vous n’aurez pas à surveiller le four ou partir précipitamment. Une courte visite suffit. Prévenez simplement : « Cela me ferait plaisir d’en savoir plus sur cette histoire. On pourrait en parler une vingtaine de minutes samedi ? »
Une photo ou un objet peuvent servir de point de départ. Posez-les à portée de main sans préparer un dossier entier. Si vous envisagez ensuite un projet plus long, notre guide pour faire écrire la biographie de ses parents présente plusieurs formes d’accompagnement.
Se mettre d’accord sur la trace à garder
Avant de sortir le téléphone, expliquez votre envie : écouter, prendre quelques notes, conserver un récit audio ou préparer un texte familial. Demandez ce que votre parent souhaite lui-même retrouver à la fin. Peut-être préfère-t-il commencer par une conversation sans enregistrement.
Si vous enregistrez, demandez l’accord explicite de chaque personne dont la voix sera captée. Précisez où le fichier sera conservé, qui pourra l’écouter et comment vous choisirez les extraits à partager. Chacun peut passer une question, demander une pause ou l’arrêt de l’enregistrement.
Cette préparation rejoint les recommandations de l’Oral History Association sur les entretiens : clarifier le projet et les usages du récit avant de commencer, puis laisser une place à la relecture. Pour votre échange familial, quelques phrases claires permettent de poser ce cadre ensemble.
Préparer cinq questions qui laissent de la place
Écrivez cinq portes d’entrée sur une feuille. Elles vous aideront si la conversation s’arrête ; vous n’aurez pas à toutes les poser. Pour une maison d’enfance, vous pourriez choisir :
- Quelle pièce aimerais-tu me faire découvrir en premier ?
- Que se passait-il à la maison quand tu rentrais de l’école ?
- Quel objet utilisiez-vous chaque jour et que je ne connais peut-être pas ?
- Qui venait vous rendre visite ?
- Quel moment ordinaire de cette maison aimerais-tu me raconter ?
Gardez une formulation ouverte. « C’était une maison heureuse ? » propose déjà une lecture du passé. « Comment se passait un dimanche chez vous ? » permet à la personne de choisir ce qu’elle raconte.
Si vous cherchez un autre sujet, les trente questions pour un repas de famille offrent plusieurs points de départ. Pour l’entretien individuel, retenez ensuite un seul fil.
Un déroulé souple en vingt minutes
Les trois premières minutes : retrouver le point de départ. Rappelez le souvenir choisi, vérifiez que le moment convient toujours et installez-vous. Si un enregistrement est prévu, effectuez le petit essai décrit dans notre guide pour enregistrer un proche avec un téléphone.
Pendant une douzaine de minutes : écouter une scène se construire. Posez votre première question, puis laissez la réponse aller à son terme. Regardez votre parent plutôt que votre liste. Un silence ne vous oblige pas à changer immédiatement de sujet.
Une relance peut reprendre un détail donné dans la réponse. Voici un exemple fictif, créé pour illustrer la méthode :
« On prenait le goûter dans la petite cour, derrière la cuisine. »
Vous pourriez demander : « Qu’est-ce que vous installiez dans cette cour pour le goûter ? » Cette question suit son récit. « Et tes résultats à l’école ? » ouvrirait brusquement un autre sujet.
Les cinq dernières minutes : rassembler ce qui compte. Proposez de terminer l’histoire en cours, puis relevez deux ou trois noms et lieux. Si une autre anecdote apparaît, notez-la pour une prochaine fois. Les vingt minutes sont un repère pratique : vous pouvez vous arrêter plus tôt ou continuer si vous en avez tous les deux envie.
Relire un petit résumé ensemble
Après l’échange, écrivez trois à cinq phrases avec vos mots, sans ajouter les détails qui vous manquent. Relisez-les à votre parent : le sens correspond-il à ce qu’il voulait raconter ? Un nom mérite-t-il d’être précisé ? Une phrase doit-elle rester privée ?
Si la date reste incertaine, gardez cette incertitude visible : « probablement au début des années 1970 » convient mieux qu’une année choisie pour compléter le récit. Vous pourrez vérifier plus tard avec une photo, une lettre ou un autre document.
Convenez enfin de la suite : conserver cette note, reprendre un détail ou choisir un autre sujet. Il n’est pas nécessaire de transformer immédiatement la conversation en projet de livre.
La fiche d’entretien à recopier
Cette fiche tient sur une page. Copiez-la dans un carnet ou un document et remplissez-la ensemble avant l’échange.
- Notre point de départ : un lieu, un objet ou un épisode.
- Le rendez-vous : jour, endroit et durée souhaitée.
- Nos cinq questions : une liste courte, à adapter pendant la conversation.
- La trace choisie : aucune, notes ou enregistrement audio.
- L’accord : personnes concernées, destinataires prévus et endroit où garder le fichier.
- Les détails à retrouver : noms, lieux, mots ou dates à vérifier.
- Le résumé à relire : trois à cinq phrases.
- La prochaine étape : rien de prévu, une précision ou un nouveau rendez-vous.
Exemple fictif de fiche remplie : Lucie propose à son père Paul de raconter la cour de la maison où il a grandi. Ils choisissent le samedi après-midi et vingt minutes. Paul accepte un enregistrement destiné à Lucie seulement pour commencer. Après relecture, ils décideront ensemble d’un éventuel partage. La note finale mentionne le goûter sous la vigne, la table pliante et le prénom d’une voisine à retrouver. La suite : chercher une photo de la cour, si Paul en a envie.
Quand la conversation prend un autre chemin
Si votre parent répond brièvement, décrivez ce que vous cherchez à comprendre : « J’aimerais imaginer la cuisine. Tu te souviens de l’endroit où vous vous asseyiez ? » S’il n’a rien à ajouter, laissez ce souvenir tranquille.
Si le récit s’éloigne du sujet prévu, écoutez avant de décider de revenir au point de départ. Vous pouvez demander : « On continue cette histoire ou tu préfères revenir à la maison ? » La feuille aide à vous orienter ; elle ne commande pas la conversation.
À distance, gardez ce même cadre léger. Le guide pour recueillir les souvenirs de ses parents quand on vit loin aide à organiser les échanges sans attendre une prochaine visite.
Poursuivre avec Claire
Vous avez envie de renouveler ces moments, mais vous préférez être accompagné pour poser les questions ? Mamimories propose de raconter ses souvenirs en échangeant avec Claire. Prenez le temps de découvrir comment se déroule une séance pour voir si ce format convient à votre parent.
Vous pouvez aussi continuer avec votre carnet et vos rendez-vous familiaux. Le bon point de départ est celui que la personne a plaisir à retrouver.
Repères pour aller plus loin
La méthode et les exemples de cet article sont proposés par l’équipe Mamimories. Pour découvrir d’autres thèmes d’entretien, StoryCorps propose une sélection de questions en anglais. Notre fiche et nos exemples ont été rédigés pour cet article. Ressources consultées le 4 septembre 2026.
Adapter la suite de l’entretien
Si les réponses restent courtes, utilisez les exemples de relances ouvertes. Si votre proche découvre l’outil, préparez avec lui les étapes de notre guide pour raconter quand on est peu à l’aise avec le numérique.
Mis à jour le 5 septembre 2026 par l’équipe Mamimories.
Avec Mamimories
Une première séance, sans carte bancaire
Claire pose les questions, écoute et met le récit en pages.